Sacs en plastique: Vive la pollution durable!

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 15 Septembre 2009.

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    9 kg/an de sachets par habitant

    · Fiscalité verte, l’impératif de la charte environnement


    UNE blague relativement assez connue: «En avion, comment un passager devinerait qu’il vole au-dessus du sol marocain? Des milliers de dindes picorent». En fait, c’est une illusion optique. Car il s’agit en fait de … sacs en plastique noir.
    Selon les chiffres officiels, le secteur de la plasturgie compte plus de 270 unités de production, dont plus de 50% produisent des sacs en plastique.
    Elles sont éparpillées sur toutes les grandes villes du Royaume, Casablanca en tête. Les plasturgistes, à l’instar des opérateurs du textile ou du papier, ont une profession cannibalisée par l’informel. Ce dernier serait, selon le secrétariat d’Etat à l’Environnement (SEE), à l’origine «d’un très fort taux de production de sachets en plastique».
    Comme nous l’avions rapporté sur nos colonnes, depuis le 4 septembre «une norme environnementale (NM 11.4.050) est entrée en vigueur et cible les emballages en matière plastique et sacs pour les produits de consommation» (cf. www.leconomiste.com du 14 septembre). Concrètement, les sachets devront désormais indiquer la composition et le nom de leur fabricant. «Cette norme détermine aussi leur épaisseur, soit plus de 35 microns pour être plus résistants et donc réutilisables plus souvent», selon une source proche du dossier. Quant à la teinte noire, elle est définitivement proscrite. «Les sachets noirs contiennent un noyau benzénique qui leur confère des propriétés cancérigènes», est-il indiqué.
    Un comité, composé des ministères de l’Intérieur, de la Santé, de l’Agriculture de l’Industrie et de l’Association marocaine de plasturgie, sera chargé de son application. La douane aura un rôle de premier ordre puisqu’elle devra, en principe, contrôler les importations d’emballages et en détecter les non-conformes. Autant dire que nos douaniers auront un rôle-clé. Notons au passage que teinte et colorant noirs sont principalement importés d’Espagne, de Belgique et de Chine.
    Au-delà des normes, il est temps de réfléchir sur une vraie fiscalité verte.
    Et saisir justement l’opportunité d’instaurer une charte environnement pour consacrer le principe du pollueur -payeur. D’ailleurs, le discours royal du 20 août -où les projets de la charte et de la réforme de la justice ont été évoqués- s’oriente vers ses fondamentaux de la conscience écologique. Ne faudrait-il pas par ailleurs que d’autres secteurs, de la grande distribution notamment (Marjane, Aswak Salam, Label’Vie…), fassent souverainement un geste… vert: ne plus mettre des sacs en plastique à disposition de leurs clients. Les supermarchés français Leclerc ont d’ailleurs fait le pas depuis plus de cinq ans. Les autres enseignes ont également suivi le mouvement. Au Maroc, Marjane a tenté l’expérience des caisses vertes mais elle n’a pas été concluante. Les consommateurs marocains sont «trop accros» au sac en plastique.
    Les cimentiers ont signé en juillet 2008 un arrangement plastique avec le secrétariat à l’Environnement. Une «campagne de collecte et d’élimination des sachets a été lancée le 17 avril dernier dans la préfecture de Skhirat-Témara», selon le SEE. L’opération a débouché sur soixante tonnes de sacs destinées aux fours des cimentiers.
    En 2003, un Marocain utilisait annuellement 5 kg de plastique pour une consommation globale d’un milliard d’unités. En 2007, chaque individu utilise 9 kg par an. La barre des trois milliards de sacs est dépassée. Belle performance!
    Si le Marocain privilégie le sac en plastique, c’est d’abord à cause de son prix. Un kilo coûte de 20 à 25 DH et est vendu à 4 centimes l’unité chez les grossistes. Le consommateur final le paye à 50 centimes, voire plus. Une sacrée marge. Aussi, chez nous la discrétion (setra) -surtout pour les d’achats… d’alcools- est de mise. Léger, le sachet est pratique pour les petites courses. D’une durée de vie de 20 minutes en moyenne, il mettra des décennies pour se désintégrer.
    Les habitants de Mhamid El Ghizlane, au sud-est du Maroc (vers Ouarzazate), en subissent quotidiennement les désagréments. Voilà une région au grand potentiel touristique qui voit son désert envahi par les poubelles et les sacs en plastique. A tel point que la société civile locale ironise en parlant de «pollution durable». Les ergs Sidi Naji, Zhar, Lihoudi ou encore de Smar font partie des sites les plus touchés. Plusieurs campagnes de collecte ont été ponctuellement lancées depuis 2005. M’hamid surtout le désert, son unique fond touristique, continue à se battre…
    Le Rwanda a été le premier pays africain à bannir les sachets en plastique. Le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda lui ont emboîté le pas. Février 2008, la Grande-Bretagne a lancé l’opération «Bannissez les sacs». Au-delà de 2009, elle vise à réduire à 90% de sa consommation. Au Maroc, la lutte contre les sacs en plastique passe aussi par la promotion des bons vieux paniers (gouffa, sella…) pratiquement disparus des marchés et des souks.


    http://www.leconomiste.com/

     

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