Sahara : L’autre voie

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 20 Novembre 2009.

  1. @@@

    @@@ Accro

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    Le discours royal sur le Sahara a engendré une ambiance tendue. Mais le patriotisme ne doit pas nous empêcher
    de réfléchir.


    C’est sans doute le discours le plus virulent que Mohammed VI ait délivré depuis son accession au trône. A l’attention des indépendantistes sahraouis qui s’activent au Maroc, le roi a eu le 6 novembre ces mots-chocs : “Ou on est patriote, ou on est traître ; il n’y a pas de juste milieu”.
    Du coup, tout ce que le royaume compte de partis et d’instances officielles s’est lancé dans une surenchère patriotique enfiévrée. Une ambiance tendue, voire crispée… mais qui ne doit pas nous empêcher de réfléchir pour autant.

    Depuis sa proposition d’un plan d’autonomie élargi pour le Sahara, depuis que les puissances étrangères, des Etats-Unis à l’Espagne, soutiennent ce plan, le Maroc est, diplomatiquement, “dans un fauteuil” - d’autant que les ralliements de leaders politiques ou militaires d’envergure du Polisario se multiplient. Bref, notre position au Sahara est plus solide qu’elle ne l’a été depuis bien longtemps, et rien de sérieux ne peut la menacer.

    Pourquoi alors un tel raidissement ? Parce que, dit le ministre de l’Intérieur, des manifestations indépendantistees se préparent au Sahara. Et alors ? Cela fait une dizaine d’années que le Maroc gère de telles manifestations sans souci majeur – si ce n’est celui d’essuyer le contre-feu de la propagande ennemie, mais c’est la règle du jeu. Après tout, notre propagande à nous n’est pas moins forte, et dispose d’une machine médiatique infiniment plus large et puissante.


    Y aurait-il quelque chose de plus sérieux en préparation ? Des attentats, par exemple ? Dans ce cas, et à condition que des preuves irréfutables soient établies, la répression et le recours à la justice s’imposent. Et personne ne trouvera à y redire dans les médias internationaux - y compris ceux acquis aux indépendantistes.

    Parce qu’il ne faut pas se leurrer : depuis le cessez-le-feu de 1991, et malgré les fanfaronnades répétées du Polisario qui dit “être prêt à reprendre les armes” (alors qu’il n’en a clairement pas les moyens), la guerre n’existe plus que sur le terrain médiatique. Si la mobilisation ultra-patriotique est médiatiquement porteuse à l’intérieur du Maroc, elle est contre-productive vue de l’étranger. Or, l’opinion publique étrangère est une donnée incontournable de l’équation saharienne.

    Comment gagne-t-on une bataille médiatique ? Simple : en se montrant plus démocrate que l’adversaire. Les indépendantistes parlent librement au Maroc ? Tant mieux pour nous : cela prouve que la liberté d’expression est une réalité. De quoi faire réfléchir bien des gens : entre un Maroc qui bâtit des infrastructures pour les Sahraouis tout en leur permettant d’exprimer pacifiquement leurs désaccords, et un Polisario exsangue et sous perfusion de l’armée algérienne, gouverné par des leaders enfermés dans un carcan idéologique d’un autre âge… le choix est vite fait.

    Allons plus loin : les indépendantistes veulent plaider leur cause au Maroc ? Très bien ! Qu’ils le fassent à la télévision, dans des débats contradictoires avec des défenseurs de la marocanité du Sahara. Pas des officiels gorgés de propagande, bien sûr : ils se feraient ridiculiser par leurs contradicteurs, militants sincères et passionnés.

    Opposons-leur plutôt des membres de la société civile, des Marocains (Sahraouis ou pas) qui défendront la marocanité du Sahara avec des arguments calmes, rationnels, percutants, inattaquables. Mieux encore : au lieu de nous indigner que des indépendantistes visitent les camps, envoyons en visite à Tindouf… des Marocains ! S’ils sont refoulés, c’est l’Algérie qui passera pour une autocratie irrespectueuse des droits de l’homme. S’ils entrent, voient tout de leurs yeux et reviennent, invitons-les à la télévision (de préférence Laâyoune TV, captée de l’autre côté) pour en parler.

    Croyez-en l’auteur de ces lignes, qui a été à Tindouf : ce n’est vraiment pas difficile de faire triompher l’option marocaine quand on a vu les camps sahraouis de l’intérieur.
    Mais il y a bien mieux à faire encore : Mohammed VI a parlé de “refondre le Conseil consultatif royal pour les affaires sahariennes (Corcas)“ ? Excellente idée.

    Plutôt que de le bâtir uniquement sur une approche tribale qui a clairement montré ses limites clientélistes (le richissime et crypto-makhzénien Khelli Henna en est le symbole vivant), incluons-y des jeunes Sahraouis, des intellectuels, des économistes, des artistes… Ces gens savent tout ce qu’il y a à gagner avec le Maroc et, a contrario, tout ce qu’il y a à perdre en devenant un micro-Etat indépendant satellite d’une Algérie encore tenaillée par ses démons intérieurs…

    Bref, il y a mille autres stratégies que le repli ultra-nationaliste. La “com” est, à mon humble opinion, la meilleure. Si nous savons en jouer avec sincérité, le Maroc sera non seulement en pole position diplomatique, mais aussi aux avant-postes démocratiques. Nous assisterons alors à l’inexorable délitement de la revendication indépendantiste. N’est-ce pas le but ultime ?


    Ahmed R. Benchemsi


    http://www.telquel-online.com/399/edito_399.shtml
     
  2. kechia

    kechia Accro

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    c rare ke je sois en accord avec les propos de ce journaliste, or cet article fait une exception
    merci@@@ pr le partage!
     
  3. @@@

    @@@ Accro

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    il ne manque pas d'idée et d'audace surtout , car personne et parmi les journalistes et parmi les politiciens n'a pu discuter ni donner de réplique au discours royal .
     
  4. out.of.order

    out.of.order Visiteur

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    trés courageux
     

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