Sportives et homosexuelles : le grand tabou

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 3 Septembre 2009.

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    L'équipe de France femme de foot est en quarts de finale de l'Euro 2009. Dans l'indifférence générale. Pas assez hétérosexy ?

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    France-Pays Bas, c'est du football, jeudi 3 septembre, un quart de finale de l'Euro 2009 qui se tient jusqu'au 10 septembre en Finlande. Et comme c'est du foot féminin, personne ou presque n'en a rien à cirer. Sandrine Soubeyran, la capitaine de l'équipe, soupire :

    « Toutes les autres équipes ont leur match diffusés dans leur pays. Pas nous. C'est comme ça. On n'en fait pas une affaire d'état. »


    Car dans l'esprit hexagonal du public, des annonceurs et des journalistes sportifs, Foot + femmes = gazon maudit. Une équation qui se répète pour la grande majorité des disciplines collectives. Tout le monde « sait », ou le pense, personne n'en parle : le sport féminin abrite une forte proportion de lesbiennes. Et ça, c'est pas vendeur.

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    Cet été, la Fédération française de football a eu l'idée de faire poser nues les plus jolies des joueuses de l'équipe nationale, avec un message quasi-désespéré : « Faut-il en arriver là pour que vous veniez nous voir jouer ? » Comme le relève le blog Pleinelucarne.com :

    « A défaut de jouer sur la qualité du jeu pratiqué par les Bleues, la FFF mise sur leur physique. Certes, l'impact de la campagne est bien réel mais cela fait ressortir le côté macho du sport, au grand désespoir de l'entraîneur des Françaises : “Nous n'avons jamais eu autant de demandes d'interviews que depuis la publication de ces photos. Ça prouve qu'on est dans un monde de machos et de beaufs.” »


    D'abord le tabou
    En France, elles sont deux, mais bien seules. L'une est célèbre, l'autre moins. La joueuse de tennis Amélie Mauresmo et la triathlète Carole Péon. Sportives de haut niveau, elles ont affiché leur homosexualité. Il n'y en a aucune autre en activité. Explication du directeur de la communication de la fédération française de football :

    « Les fédérations évitent de parler de la présence des lesbiennes dans le sport, parce que cela pourrait affecter les relations publiques, les commanditaires, le recrutement et l'image des femmes dans le sport. »


    Car sur les pelouses, les tatamis ou dans les bassins contrairement au show biz, l'attribut « lesbo » n'est pas chic du tout. Sylvain Ferez, sociologue du sport, affirme que les sponsors ne veulent surtout pas que la sexualité des sportifs soit questionnée. Philippe Liotard, sociologue lui aussi, rappelle que durant des années, Amélie Mauresmo a été représentée par les médias comme une « super nana hétéro ».

    Alors quand un magazine pense à consacrer quelques pages aux sportives, c'est pour mieux exalter leur féminité. Les canons des courts de tennis en premier lieu (les Sharapova, Dementieva, Bondarenko). La frèle navigatrice face aux océans déchaînés. Et s'il met en scène une rugbywomen du Sud-Ouest, c'est avec un reportage photo où on la voit appliquer du rouge sur ses ongles (de pieds ! ).

    La nageuse qui rêve de faire un carrière publicitaire à la Laure Manaudou n'a donc pas intérêt à faire son coming out. Les spécialistes de la natation savent pourtant tous que parmi les espoirs des bassins français, plusieurs ne préfèrent pas les garçons. Dans les sports collectifs de haut niveau, les homosexuelles sont légion au point que l'hétéro expérimente parfois le sentiment de sa « différence ». Les homosexuelles aimeraient-elles plus le sport que les hétérosexuelles ?

    L'hypothèse qui fait polémique
    Selon une étude récente, de l'institut suédois Karolinska, l'un des centres de recherche médicale les plus importants d'Europe, le cerveau homosexuel aurait une structure différente de celui des
    hétérosexuels, peut-être même dès la naissance.

    Selon ses chercheurs, le cerveau des hommes hétérosexuels et des lesbiennes serait « asymétrique », alors que celui des gays et des femmes hétérosexuelles serait « symétrique ». Conclusion : les lesbiennes se rapprocheraient, par leur structure cérébrale, des hommes hétéros, pour des raisons génétiques ou hormonales (testostérone présente durant le développement embryonnaire). Cela pourrait expliquer que les synapses d'une homo soient affolées par la perspective d'un match de rugby, le dimanche matin.

    Mais Catherine Vidal, neurobiologiste, directrice de recherche de l'institut Pasteur, émet de sérieux doutes sur les conclusions de cette étude :

    « Le cerveau possède des propriétés de plasticité qui font qu'il se construit en fonction de l'histoire de chacun. »


    Et d'alerter : « Attention au déterminisme biologique, c'est toujours très dangereux ». Un point de vue que partage Emilie Sablik, sociologue et auteure de « Carrière sexuelle et pratique sportive » (revue Sports et sciences sociales) :

    « Une petite fille qui joue au foot va développer dans son cerveau des capacités de repérage dans l'espace, par exemple, qui va la rendre meilleure en sport. Pas celles qui jouent à la dînette. »

    Et justement, les lesbiennes sportives font souvent partie de la première catégorie. La plupart du temps, elles sont d'anciens « garçons manqués » et le revendiquent. Enfants, elles aimaient la vitesse et les jeux d'équipe. Emilie Sablik prévient :

    « Attention, on ne devient pas lesbienne, parce qu'on a fait du foot plus jeune. C'est plus une question d'identification à la masculinité- en général. »

    La « question » des vestiaires
    Il faut du cran pour un jour s'engager, petite, dans des sports collectifs « de garçons ». « Ma mère a cédé, au bout de plusieurs mois », rigole Vic, jeune footballeuse du PUC (Paris Université Club). La question des vestiaires est « la » question qui inquiète le plus les parents de jeunes filles se tournant vers des sports connotés « homo » -foot, rugby, sports de combat, hand entre autres.

    Les filles hétéros arrêtant souvent ces sports entre 20 et 30 ans, lorsqu'elles s'installent en couple et font des enfants, la proportion de lesbiennes s'accroît d'autant au sein des clubs. Analyse du sociologue Sylvain Ferez :

    « Tous les secteurs sociaux ne sont pas investis de la même façon par les homos, certains d'entre eux sont privilégiés parce qu'ils participent à la construction de leur identité sexuelle. Le sport est le lieu par excellence de socialisation de l'homosexualité féminine… contrairement à l'homosexualité masculine qui elle, se “retrouve” dans des univers dits féminins, la mode, la beauté, la communication. »


    L'équipe devient l'environnement idéal pour construire et vivre son homosexualité. Elle a d'abord un rôle d'initiation. Ados, les jeunes filles vont y rencontrer leurs premières copines. Les anciennes jouent le rôle de « marraines ». Tania, footballeuse du PUC, originaire du Salvador, partageait ces codes et ces valeurs, de façon inconsciente :

    « Au foot, au début, je n'avais pas vu qu'il y avait beaucoup de lesbiennes. Je m'y sentais à l'aise, sans savoir pourquoi ! »


    L'entraîneur d'un grand club de natation décrit un monde condensé où l'on se touche, se console beaucoup :

    « Il y a même des lesbiennes de circonstance qui, après, redeviendront hétéros. »


    « De toutes façons, j'ai un ami »
    Marinette Pichon, 33 ans, ex-capitaine de l'équipe de France, reçoit dans son bureau d'un conseil général d'Ile de France. Partout, des photos d'Ingrid, sa compagne. « J'assume ma femme, je l'aime. » La joueuse, cent douze sélections en équipe de France, raconte qu'un jour l » entraîneuse est tombée sur une lettre d'amour de son amie de l'époque :

    « Elle est venue me voir pour dire que ça lui posait problème. Je lui ai répondu que je ne voulais plus qu'elle se mêle de ma vie. »


    Selon elle, l'homophobie vient surtout des hommes qui gravitent autour des joueuses. L'encadrement s'inquiète de voir les histoires d'amour prendre le pas sur les entraînements :

    « Ils n'aiment pas les relations entre joueuses, ça déconcentre l'équipe. »


    Amandine (son prénom a été changé à sa demande) fait partie de l'actuelle équipe de France de foot. C'est une de ses amies lesbiennes qui nous envoie auprès d'elle. Dans son club de la région parisienne, moins gayfriendly que la moyenne, elle évite de parler de sa vie personnelle. Sur le sujet de l'homosexualité féminine dans le sport, Amandine dit… n'avoir rien à dire, « ne pas se sentir concernée ». Elle clôt la discussion : « De toutes façons j'ai un ami ».

    Les trois grands coming-out
    En 1981, peu après avoir obtenu la nationalité américaine, Martina Navratilova fait part publiquement de son orientation sexuelle. C'est une première. Dix-huit ans plus tard, Amélie Mauresmo atteint la finale de l'Open d'Australie. A une journaliste du Figaro qui lui demande pourquoi elle a déménagé, la chouchoute du tennis français répond que c'est parce qu'elle a rejoint son amie à Saint-tropez. Elle est la première personnalité sportive française officiellement homo. Mariée avec Eric Jackson dont elle a divorcé en 1999 et dont elle a un enfant, la plus populaire des basketteuses américaines, Sheryl Swoopes, a révélé son homosexualité dans une interview accordée à ESPN, en octobre 2005




    http://www.rue89.com/2009/09/03/sportives-et-homosexuelles-le-grand-tabou
     

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