stounami

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par osiris, 5 Juin 2007.

  1. osiris

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    Le filon «stounami»

    Image“Hmar o bikhir”. Voilà un concept qui cartonne en ce moment. Les jeunes “branchés” l'ont déjà adopté et ceux qui veulent rester dans la vague du “stoun” se joindront très probablement à eux. Derrière cette idée, un trio déjanté pour lequel chaque “stoun” est un marché fort rentable.
    Qu'est-ce qui peut pousser un ingénieur d'Etat, un créatif publicitaire et un styliste au train de vie confortable à fabriquer des tee-shirts en petites quantités avec la mention “hmar o bikhir” (âne et bien dans sa peau) ? «Avant même l'existence de ces tee-shirts, “hmar o bikhir”, c'est d'abord un stoun, un esprit partagé par la bande», tiennent à préciser d'emblée les concernés. C'est la révolte par l'acceptation, pour reprendre leurs propos. La révolte par rapport à un vécu social, voire la réponse à une crise d'identité. Quant à la notion d'acceptation, elle mérite plus d'explications. «Chez nous, hmar, c'est la pire insulte… Et si nous avons adopté la formule “hmar o bikhir”, c'est justement pour démontrer que les personnes qui rejettent les normes établies par la société et affichent leurs différences n'ont pas à être complexées par cette insulte. L'essentiel, c'est de se sentir bien dans sa peau au risque d'être taxé de tous les noms», explique Amin Bendriouch, 24 ans et styliste de la clique. Et d'ajouter que “hmar o bikhir” ne doit pas être interprété comme un appel à l'immobilisme. Il s'agit surtout d'être utile à la société tout en assumant ses différences et ses choix dans la vie.

    Du délire au business

    D'où alors est venue l'idée de produire des tee-shirts mentionnant clairement cette formule accompagnée du détournement du logo d'une marque de sport bien connue, Puma pour ne pas la citer ? «Chaque concept a besoin d'un support pour le faire connaître. Ayant une bonne maîtrise des arts graphiques, nous avons opté sans hésitation pour l'habit comme support et signe distinctif», relève Achraf El Kouhen.ImageDe son côté, Amin se rappelle toujours de la première fois où il s'est affiché avec le tee-shirt “Hmar o bikhir”. C'était en février 2006 lors de l'anniversaire de Momo, le cofondateur du Boulevard. «Les invités ont trouvé le concept fort intéressant et m'ont demandé s'il y avait moyen de se procurer des tee-shirts», se souvient-il. C'est à partir de là que cette expérience a pris une autre tournure. Le styliste fait part de cet engouement à ses complices Mohamed Smyej (ingénieur) et Achraf El Kouhen (designer dans une agence de publicité). Il fallait donc répondre à une demande bien réelle. Le vrai acte de naissance a lieu durant la présentation du troisième album de Hoba Hoba Spirit dont les membres ont porté les fameux tee-shirts. Un sacré coup de pub, compte tenu de la forte notoriété de ce groupe. Au cours de cet événement, 100 autres tee-shirts ont été offerts aux invités. Dès lors, les choses s’accélèrent et les trois cofondateurs se rendent compte qu'ils ne peuvent plus faire marche arrière. Fini donc le délire, place au business.
    Ils n'avaient d'autre choix que de protéger leur “invention”. “Stounami”, c'est le nom de leur marque. Le choix d'un tel nom est bien sûr étudié. “Stounami” veut dire tout simplement un tsunami de “stoun” et qui fait allusion notamment à la culture pop marocaine. Traduisez la nouvelle scène musicale qui fait des ravages depuis quelque temps. Créer une marque et la protéger contre toute mauvaise utilisation par des esprits malveillants (ça commence déjà à être le cas !) n'est qu'une première étape. Les trois associés affinent les dernières retouches pour la constitution de leur entreprise.


    Une ligne de vêtements en préparation

    Le projet d'une ligne de vêtements “stounami” verra certainement le jour. Quoi de plus normal, vu que le styliste de la bande ne se gêne pas pour aller jusqu'au bout de ses idées ? De là à s'attendre à la création d'autres articles reprenant cette griffe, il n'y a qu'un pas qui sera très certainement bientôt franchi. En dépit de ces démarches dignes de véritables investisseurs, les copropriétaires de “stounami” ne parlent à aucun moment d'ambitions commerciales. «Pour le moment, notre premier souci consiste à ce que notre message soit bien compris et que notre démarche réveille les consciences», insiste Achraf El Kouhen. «Toujours est-il, que si ce délire nous permet de vivre, pourquoi pas ?», lance-t-il que sur une note humoristique. Pour l'instant, les trois associés ne sont pas près de quitter leurs emplois actuels. Ils se disent satisfaits de leurs carrières professionnelles respectives. Face au succès de leur concept, ils vivent depuis quelques mois à un rythme effréné pour assumer leurs responsabilités des deux côtés. «C'est loin d'être facile mais nous n'avons pas trop le choix», confient-ils. Pour l'heure, le trio apporte les dernières retouches pour marquer sa présence au prochain Boulevard qui se tiendra du 31 mai au 3 juin à Casablanca. Les organisateurs leur ont offert un stand pour exposer leurs tee-shirts. Et vu le nombre de spectateurs attendus lors de ce festival (140.000), les fondateurs de “stounami” pourront-ils satisfaire autant de “hmir” ? Et surtout, ont-ils envisagé une version féminine de leur concept ?


    Mohamed Douyeb


    Le journal Hebdomadaire
     

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