STRATÉGIE À L’EXPORT; MÂZOUZ: «C’EST L’OFFRE QUI FAIT DÉFAUT»

Discussion dans 'Scooooop' créé par Med Omar, 25 Janvier 2011.

  1. Med Omar

    Med Omar MoUl DéTaILS-GaRoU PiPaS Membre du personnel

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    STRATÉGIE À L’EXPORT; MÂZOUZ: «C’EST L’OFFRE QUI FAIT DÉFAUT»
    • SELON LE MINISTRE, «ON AURAIT PU FAIRE 30% DE PLUS EN 2010, SI LE TEXTILE AVAIT SUIVI»
    • POUR LUI, «LA DIFFICULTÉ DANS LES EXPORTATIONS EST CHEZ L’ENTREPRISE»
    • 7% DES EXPORTATEURS RÉALISENT 80% DES EXPORTATIONS




    L’objectif de 200 nouvelles recrues à l’export contre 75 actuellement est-il jouable? Le ministre du Commerce extérieur n’en doute pas. Bien au contraire, «il suffit de multiplier les initiatives de soutien à l’export et de simplifier les démarches de recrutement des primo exportateurs pour atteindre nos objectifs». Ce qui rassure le plus Abdellatif Mâzouz, c’est cette espèce de prise de conscience soudaine de l’importance de l’acte d’exporter chevillée au développement économique du pays.


    - L’Economiste: En quoi consiste la stratégie de marketing exécutive?


    - Abdellatif Maâzouz: C’est pour répondre au mieux à la demande de nos partenaires. Cette nouvelle démarche marque aussi des ruptures définitives avec la trajectoire de la courbe de croissance de nos exportations. Au lieu qu’elle soit douce et séquentielle, nous voulons désormais progresser par grands paliers. Avec la stratégie de marketing exécutive, les fruits sont immédiats. Notre première mission en ce sens, en novembre 2010 en France, nous avait permis non seulement de démarcher des acheteurs, en promouvant les produits et services de l’offre de nos entreprises exportatrices, mais aussi d’attirer des investisseurs. Il sera ainsi dans nos marchés cibles. La prochaine étape sera l’Espagne en février.

    - Le changement de la structure des exportations est net. Quels en sont les principaux facteurs?

    - Effectivement, la structure des exportations a connu un changement substantiel ces dix dernières années, aussi bien par produits que par marchés. Cela s’est traduit par une croissance de 29% des exportations des biens et services, dépassant de loin les importations (13,5%). C’est un gain de 6 points pour le taux de couverture. Au premier rang des explications de ces performances, il y a l’émergence de nouveaux produits émanant des métiers mondiaux du Maroc dont la part est passée de 8 à 13%, soit de 7 à 27 milliards de DH, en dix ans. Il y a aussi les nouveaux créneaux, notamment l’offshoring dont la contribution a doublé entre 2006 et 2010, passant de 2 à 4 milliards de DH. L’autre changement tient à la diversification des débouchés. La concentration sur le marché de l’UE est moins prononcée, en faveur notamment des marchés africain, asiatique et latino-américain, qui captent désormais 35% de nos exportations contre 21% en 2000.

    - Quels ont été les faits saillants en 2010 et…

    - D’un point de vue évolution, 2010 est l’une des meilleures campagnes depuis une décennie. Comparée à 2009, avec 29% de croissance et près de 17%, hors phosphates, elle a été une très bonne année. Au-delà, exception faite de 2008, qui a été exceptionnelle, la croissance enregistrée en 2010 est simplement historique. D’autant plus qu’elle dépasse nos prévisions, hors phosphates et tourisme, atteignant 118 milliards de DH contre 115 milliards. Je relève également que l’export est devenu la préoccupation de nombreux décideurs aussi bien politiques qu’économiques. En ce sens qu’il y a une sorte de conviction générale que la croissance économique du pays ne pourrait changer d’allure qu’en agissant sur les marchés extérieurs… donc en exportant de plus en plus en quantité, en valeur et en valeur ajoutée.

    - En mettant le cap sur d’autres marchés, cela peut-il se traduire par des pertes de positions en Europe?

    - Pas du tout. L’Europe a enregistré un faible taux de croissance, 1% en moyenne alors que le Maroc est à 29%. Si on avait jeté tout notre dévolu sur l’Europe, on n’aurait pas fait autant. La stratégie du gouvernement n’est pas de délaisser le marché européen, pour aller ailleurs, mais de diversifier les débouchés. Le marché européen demeure notre cœur de cible, sachant que nous sommes encore loin de capter le potentiel de parts de marché que nous offre ce continent-plateforme de réexportation.

    - Quelle est la contribution individuelle de ces nouveaux métiers à la croissance des exportations?

    - Difficile à dire, car les prévisions d’exportations sont basées sur l’évolution de l’offre exportable globale des différents secteurs, notamment l’industrie, à travers Emergence, l’agriculture à travers Maroc Vert et Halieutis… Nous avons affiné le développement de toutes ces offres pour le ciblage des marchés pour les adapter au mieux à l’approche marketing qui va avec.
    La stratégie de promotion de Maroc Export Plus n’est autre que le cumul des offres sectorielles mais mieux packagées. En conséquence, une panne dans le développement de cette chaîne impacte immédiatement le développement de toute l’offre. En clair, on ne peut vendre que ce qu’on a produit.

    - Pour l’instant, on ne produit pas assez…


    - En tout cas, en 2010, on aurait pu réaliser 30% de plus pour les exportations du textile, si l’offre était disponible. Celle-ci s’est réduite considérablement, du fait de la crise certes, mais que tout le monde admet d’ordre conjoncturelle…

    - Le secteur a pourtant bénéficié de deux contrats-programmes avec des objectifs assez ambitieux?

    - En effet, les objectifs affichés avaient en face un ensemble de mesures, mais elles n’ont pas été appliquées dans les délais et les conditions requises. Seulement, la profession n’a pas été en mesure de consommer même l’apport de l’Etat. A titre d’exemple, le contrat-programme signé avec l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement de 60 millions de DH sur trois ans est éloquent. Les trois ans sont écoulés sans que les professionnels du secteur n’arrivent à consommer plus de 55% de ce budget. C’est vous dire que nous ne sommes pas face à un problème de moyens financiers, car dès lors qu’un secteur porteur avait besoin de soutien, l’Etat est parvenu à mobiliser les moyens nécessaires.

    - Existe-t-il encore des niches à même de contribuer aux exportations?

    - Une étude interne de la fédération métallurgique a identifié 200 entreprises potentiellement exportatrices, sur les 1.300 que compte le secteur.
    Nous allons chercher avec la fédération les moyens à mettre en place pour les incorporer dans la filière export. Les opérations comme la caravane de l’export sont un bon exercice pour les entreprises qui n’ont jamais tenté le coup.

    - En plus de la promotion, il y a un coût financier pour toutes ces mesures?


    - Décortiquez la chaîne de valeur de la stratégie, vous allez vous rendre compte par vous-mêmes que toutes les étapes de celle-ci, de la formation à la recherche, en passant par l’investissement, la logistique et la mise à niveau, bénéficient d’un programme gouvernemental d’accompagnement… Jamais l’Etat n’a été aussi généreux avec les entreprises que ces dernières années.

    - Où réside le problème alors?

    - La difficulté à mon sens est chez l’entreprise qui n’arrive pas à utiliser à bon escient cette chaîne de valeurs et se positionner en conséquence pour l’usage de tel outil ou tel autre outil. Pour cela aussi, il faut de la ressource humaine et de l’encadrement.
    Il y a un gros travail, à mon avis, de renforcement de l’encadrement de l’entreprise, voire même des associations professionnelles pour pouvoir justement tirer profit de tous les outils d’accompagnement disponibles. L’Etat étudie, sensibilise, finance… mais ne peut pas être derrière chaque entreprise.


    Propos recueillis par Bachir THIAM
    et Abdelaziz GHOUIBI


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