Taxer toujours plus la consommation ou créer des emplois?

Discussion dans 'Info du bled' créé par Casawia, 14 Octobre 2005.

  1. Casawia

    Casawia A & S Forever

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    Stériles calculs d’épicier

    200.000 emplois à créer en trois ans, tel est le challenge que s’est fixé le gouvernement à travers l’Initiative Emploi. Il devrait donc en produire un peu plus de 60.000 en moyenne annuelle, et ce, dès janvier prochain.


    Le projet de loi de finances pour 2006, qui devrait être présenté au parlement dans quelques jours, le 20 octobre pour être précis, ne semble pourtant pas être guidé par cet objectif.

    N’ayant plus beaucoup de bijoux de famille à vendre pour se renflouer et les recettes douanières s’amenuisant en raison d’un démantèlement tarifaire, qui met d’ailleurs à mal le tissu productif national, les experts du département des Finances se sont tournés vers la solution classique quand les caisses de l’Etat sonnent creux : la faucille fiscale.

    Bien entendu, il n’est pas question d’augmenter la pression fiscale sur les entreprises qui ne cessent d’en réclamer l’allégement. Ni d’ailleurs de taxer les grandes fortunes, l’Etat n’aimant pressuriser que les classes moyennes et défavorisées. Ces dernières seront encore une fois mises à contribution à travers une taxation plus lourde de la consommation. Mais alors, qui achètera le plus de production des entreprises qui auraient recruté des chômeurs et celles nouvellement créées dans le cadre de l’auto-emploi ?

    D’après les informations qui ont filtré sur le projet de loi de finances 2006, il n’est question que d’élargissement de l’assiette fiscale à travers une « réformette » de la TVA. Si l’élargissement de l’assiette fiscale est une bonne chose en soi, une revendication populaire même pour mettre fin aux passes-droit, son invocation dans le cas de figure résulte surtout de « recommandations » du FMI et est guidée par le seul souci d’équilibre budgétaire. Les cinq taux actuels de la TVA (20%, 14%, 10%, 7%, 0%) seront ramenés à deux (19 et 10%), et peu importe si une majorité de citoyens au pouvoir d’achat déjà fort restreint peinent encore plus qu’auparavant pour satisfaire ses besoins primaires.

    Les difficultés à collecter l’impôt et la phobie de la crise financière sont profondément enracinées dans l’Histoire du Maroc.

    Le Makhzen doit son nom à cet « entrepôt », toujours vide antan, qui servait à stocker l’impôt collecté et qu’il fallait guerroyer pour remplir. En raison du surendettement et de la mauvaise gestion de ses finances publiques, le Maroc a subi le protectorat français pendant près d’un demi-siècle et a dû passer sous les fourches caudines du FMI au cours des années 80 pour des causes similaires. Les réformes fiscales que le Maroc a menées à chaque fois sous les pressions extérieures ne lui ont jamais évité les déboires de la mise sous tutelle de sa souveraineté ni de résoudre une fois pour toutes le problème. Peut-être parce que c’est plutôt du côté de l’économie physique qu’il faut chercher les solutions et non plus au niveau financier.


    Taxer encore plus la consommation, revient à priver de son principal débouché la production locale et à faciliter la tâche aux produits étrangers plus compétitifs, soit de contrebande - donc non-taxés - soit très bon marché.

    Il faut tenter de s’imaginer, dans ce cadre, un diplômé chômeur convaincu par le programme du gouvernement en matière d’auto-emploi. Ce jeune promoteur plein de bonne volonté emprunte de l’argent, crée son entreprise et commercialise des produits taxés au minimum à 10%. Juste à côté de lui, un autre jeune chômeur, sans instruction, étale à même le sol des produits chinois introduits en contrebande de Sebta ou d’Algérie. Le plus patriote des consommateurs marocains achètera probablement chez ce dernier, contraint par son faible pouvoir d’achat.

    Parallèlement, quel est ce patron d’entreprise qui irait recruter des chômeurs dans le cadre du fameux « contrat premier emploi » (remake de six mois plus long de l’inefficace programme de formation-insertion) s’il peine à écouler sa marchandise sur des marchés très concurrentiels à l’export comme en interne. Le seul avantage à le faire et d’économiser les charges patronales en répétant l’opération tous les deux ans.

    Aux contraintes financières du gouvernement viennent s’ajouter les intérêts financiers des établissements bancaires que l’on veut voir participer au programme de promotion de l’auto-emploi par l’octroi de crédits aux jeunes promoteurs.

    Or, les banques sont actuellement beaucoup plus intéressées par les opérations de fusion et d’absorption censées produire des « champions nationaux » que par les petits crédits à des entrepreneurs débutants, beaucoup moins lucratifs, beaucoup moins sûrs. Ces méga-opérations financières à coups de centaines de millions de dirhams qui font le bonheur des banquiers ne créent aucune richesse, si ce n’est de la valeur en papier. Les PME, et même les TPE (Très Petites Entreprises), créent par contre des richesses mais n’intéressent pas les financiers.

    Ainsi fonctionnent les cerveaux des décideurs publics et privés, soucieux de la seule dimension financière des choses. Jusqu’au jour où les contraintes et impératifs du réel se présentent sans se faire inviter...

    Ahmed NAJI
    L'Opinion
     

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