Tennis - ATP Tour : Davydenko, jovial opportuniste

Discussion dans 'Tennis' créé par simo160, 3 Décembre 2009.

  1. simo160

    simo160 Accro Membre du personnel

    J'aime reçus:
    100
    Points:
    48
    [​IMG]

    Oubliez Marat Safin et Yevgueny Kafelnikov, oubliez surtout les enquêtes de l'ATP à l'encontre d'un joueur accusé sans preuve de tricherie, et ne retenez qu'un nom à l'horizon de la Toundra : Nikolay Davydenko. A 28 ans, le Russe le mieux classé depuis quatre ans, vit une véritable consécration.

    Nikolay Davydenko n'a rien fait pour être une star du tennis russe. Né en Ukraine dans la sévère bourgade de Severodonezk, il est ensuite parti en Allemagne et n'a obtenu la nationalité russe qu'à l'âge de 18 ans avant de s'y installer plus tard, à Volvograd. Qui plus est, il ne doit sa passion pour le tennis qu'à une histoire familiale. C'est son frère Eduard, grand amateur et joueur de tennis, qui lui a progressivement transmise. Nikolay l'a suivi sur les courts et c'est lui qui est devenu son coach en 1992. Il avait 12 ans et travaillait dur non pas pour briller dans les salons du Hall of Fame mais simplement pour gagner sa vie, et bien si possible. Mais dans la Russie postsoviétique, il faut savoir quitter et reprendre les sentiers battus pour recevoir la gloire sonnante et trébuchante qui sied aux héros.

    Davydenko a pu ainsi observer le parcours des deux icônes de son sport Yevgueny Kafelnikov et Marat Safin. Le premier, né à Sotchi, a eu le mérité de survivre à l'inertie de la fin de l'U.R.S.S. pour devenir le premier Russe N.1 mondial et vainqueur d'un titre du Grand Chelem (Roland-Garros 1996 puis Open d'Australie 2000). Entre la mer noire, New York et Moscou, Yevgueny a construit sa carrière sans rompre les liens avec la capitale russe. Idem pour un certain Marat Safin. Basés dans cette ville, les Safin sont comme Kafelnikov dans la nébuleuse du Spartak, l'épicentre de l'élite sportive russe, sans y être totalement attaché. C'est pourtant après un exil en Espagne que le diamant Safin (vainqueur à l'US Open 2000 et Open d'Australie 2005) a poli son tennis.

    Le Tsar du Ping-Pong et joueur Playstation

    Kafelnikov et Safin incarnent une étrange intelligentsia du tennis russe. Entre des carrières professionnelles riches en hauts mais aussi en bas. Des parcours aboutis mais traversés de doutes. Derrière ces deux icônes fragiles, la silhouette de Nikolay Davydenko a longtemps paru frêle, voire insignifiante. Ces idoles d'adolescent laborieux, ce ne sont pas des Russes, mais Ivan Lendl et Yannick Noah, apprend-on auprès de l'ATP. Le glacial et le bouillant. Lui jouera le tiède pendant longtemps. Un tiède qui asphyxie ses adversaires, mais un joueur tiède et flou. Quand certains paparazzi s'amusaient à prendre en photo les très people Safin et Kafelnikov à côté du "Petit Taïwanais" (Little Taiwanese, alias Alimzhan Tokhtakhounov pour les intimes) lors d'un scandale liant mafia et patinage artistique, Davydenko a vécu un petit enfer flou après une longue enquête de l'ATP sur une affaire de paris autour d'un match à Sopot. Moins glamour.

    Depuis 2005, date du dernier titre en Grand Chelem pour un Russe (Safin à Melbourne), ce bonhomme de 1m78 et de moins de 70 kg, est le représentant de son pays le mieux classé (5e en 2005, 3e en 2006, 4e en 2007, 5e en 2008, 6e en 2009). En 2009, Nikolay a même vécu une transformation notable. Longtemps blessé (talon puis cuisse), il a retrouvé son meilleur niveau de jeu en une moitié de saison. Lui qui ne pensait même pas finir dans le top 10, il a remporté le premier titre majeur de sa carrière. Quand ses déclarations le faisaient passer pour un gagne-petit sans passion, on a progressivement découvert un joueur décontracté, heureux de faire son métier et au franc-parler amusant, ce qui ne gâche rien.

    Marié, comblé


    Cette histoire de match truqué, dont il a finalement été blanchi pour défaut de preuve, lui a peut-être permis de se libérer. Plus d'un an et demi après l'affaire, le tennis mécanique du Russe refleurit. Il avait calé quatre fois en demi-finales de Grand Chelem (deux fois Roland-Garros, deux fois l'US Open), il a remporté son premier titre important en débloquant un peu ses vieilles habitudes, en se projetant vers l'avant plus souvent. Une constante depuis quelques mois. A Londres, Davydenko a prouvé qu'il pouvait aller au bout d'un tournoi majeur en deux sets gagnants. Opportuniste, il a choisi de jouer au tennis pour y faire carrière. Opportuniste, il sait désormais qu'il peut même y laisser une trace plus profonde dans l'histoire de son sport.

    Longtemps symbole du tennis "ping-pong", axé sur un jeu ultra-rapide, fait de prise de balles précoces du fond de court, le Russe met désormais sa vitesse au service de sa progression dans le court. Juan Martin Del Potro, qui sait de quoi il parle en matière de jeu stéréotypé, quasi-mécanique, l'a comparé à un avatar de "Playstation" après sa défaite dimanche. Il y a un an, cela aurait pu ressembler à une caricature. Aujourd'hui, cela ne traduit plus la nouvelle dimension prise par Nikolay. Mari heureux, joueur comblé, voire "étonné" de rentrer dans l'histoire du Masters, n'est plus le stakhanoviste que l'on croyait : "Depuis deux ans, je ne m'entraîne pas tellement, juste deux heures par jour. On m'a dit qu'à Arsenal, ils ne s'entraînent qu'une heure par jour. J'aimerais bien être un joueur de foot". Oubliez les frasques de Safin et les mises de Kafelnikov au poker, le tennis russe d'aujourd'hui, c'est la jovialité de Davydenko.

    NIKOLAY DAVYDENKO EN BREF:

    Né le 2 juin 1981 à Severodonezk (Ukraine)
    Réside à Volgograd
    Professionnel depuis 1999.
    Taille: 1,78 m.
    Droitier, revers à deux mains.
    PALMARÈS: Titres: 19, dont 5 cette année (Hambourg, Umag, Kuala Lumpur, Shanghai, Masters)

    En Grand Chelem: 4 demi-finales: Roland-Garros (2005, 2007), US Open (2006, 2007)
    Masters: 1 victoire (2009), 1 finale (2008)
    Coupe Davis: 1 victoire (2006)
    Classement ATP actuel: 6e mondial (dès lundi)
    Meilleur classement: 3e mondial (novembre 2006)
    Gains en carrière: environ 13 millions de dollars.


    Eurosport
     

Partager cette page