Toni Negri

Discussion dans 'Info du bled' créé par freil, 31 Août 2005.

  1. freil

    freil Libre Penseur

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    Les jeunes avec l’initiative du département de Mohamed El Gahs n’ont pas oublié la lecture ; les vacances sont ainsi réhabilitées comme une activité qui conjugue loisir, plaisir physique et intellectuel. Il faut lire aussi en été. L’intelligence se développe sans cesse par la variété du menu que nous lui servons. Elle risque la sclérose si elle n’est servie que des mêmes ingrédients ; lire, voir, somnoler, contempler, fixer le vide, bref être curieux. Sauf qu’en plus la lecture revêt de plus en plus une dimension stratégique et relève de mesure de salubrité publique.


    Il faut en effet transformer toute opportunité, conjoncturelle, par exemple celle qui fait de l’été (avec le Ramadan) un des moments forts de la demande en lecture et en curiosité intellectuelle, en une occasion historique pour interroger les principaux paradigmes de la pensée ou du moins les concepts véhiculés par le discours quotidien et qui meublent l’horizon de l’action sans grande conviction. Des concepts dont la pertinence de l’usage est inversement proportionnelle au sens que chacun lui prête. Une forte visibilité sans grande lisibilité. Donnant alors souvent l’impression d’une coquille vide qui renvoie à un désir d’évacuer le débat d’un contenu réel.
    Une émission de télévision m’offre ainsi l’occasion de revenir sur un livre qui mérité d’être mieux connu, discuté et débattu. C’est sur la chaîne Histoire que j’ai suivi avec intérêt et empathie un documentaire sur l’intellectuel italien Toni Negri. Ses travaux et recherches ont trouvé leur synthèse dans un livre somme, Empire.
    Plusieurs observateurs, allant un peu vite en besogne, ont conclu à l’état d’abdication théorique de la gauche face à la nouvelle situation imposée par le néolibéralisme. On en arrive même à dire que le formidable mouvement social qui est en train de fédérer à travers le globe toutes les mouvances qui s’opposent à la mondialisation ultralibérale est quelque part orphelin puisque il ne dispose pas de références théoriques clairement affichées en dehors du consensus quasi général qui entoure les thèses du marché. En fait, la réalité du terrain est autre chose. Il y a un formidable travail théorique qui se forge au sein et autour du mouvement social international. Le livre de l’universitaire américain Michael Hardt et du philosophe italien Toni Negri, Empire, en est une des illustrations les plus brillantes. C’est un gros livre, un pavé de 560 pages, paru d’abord en anglais (publié aux Etats-Unis par Havard university press en avril 2000) puis dans plusieurs traductions. Il circule aujourd’hui largement dans les milieux de l’altermondialisation (premier constat théorique on ne dit plus antimondialiste puisque le mouvement social ne récuse pas la mondialisation, ce qui serait une aberration chauviniste, rétrograde mais il lutte contre la mondialisation marchande et pour une autre -alter : étymologiquement rendre autre- mondialisation). C’est une construction théorique ardue qui puise largement dans l’héritage philosophique, allant de Machiavel à Spinoza et Nietzsche. Avec bien sûr au centre la référence majeure Marx. L’approche est largement interdisciplinaire : notre propos vise à être également philosophique et historique, culturel et économique, politique et anthropologique; l’approche experte étroite est battue en brèche par la nature même du sujet ; l’interdisciplinarité est l’outil théorique adéquat pour répondre à l’Empire dont les frontières qui auraient justifié une approche disciplinaire sont de moins en moins nombreuses. Le livre se veut finalement une boîte à outils de concepts pour théoriser et agir dans et contre l’Empire.
    Autre précision théorique fondamentale : empire n’est pas employé ici dans uns sens métaphorique, bien au contraire c’est un concept, un outil d’analyse censé dépasser au sens philosophique, les concepts de mondialisation et d’impérialisme. Les auteurs partent du constat suivant : une nouvelle forme impériale de souveraineté a émergé. L’empire n’établit pas de centre territorial du pouvoir et ne s’appuie pas sur des frontières ou des barrières fixées. L’Empire est la forme suprême de la domination internationale de la logique capitaliste; il est distinct dans ce sens des impérialismes européens et américain des époques précédentes. Les Etats-Unis occupent une position privilégiée dans l’empire mais ils ne sont pas l’Empire, c’est un appareil décentralisé et déterritorialisé de gouvernement, qui intègre progressivement l’espace du monde entier à l’intérieur de ses frontières ouvertes et en perpétuelle expansion.


    Par Mohammed Bakrim

    Source:LIBERATION
     

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