Tour de France : Armstrong, l'ami américain

Discussion dans 'Autres Sports' créé par simo160, 26 Juillet 2009.

  1. simo160

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    Lance Armstrong a réussi son pari. Sportivement, d'abord, en accrochant le podium à près de 38 ans, et après une longue absence. Mais sa plus belle victoire, l'Américain l'a obtenue sur un autre terrain, en effaçant l'image déshumanisée qui était la sienne jadis. Il a su se faire aimer. Enfin.

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    Lance Armstrong avait un compte à régler avec Le Ventoux, nous avait confié Johan Bruyneel vendredi. L'Américain ne l'a pas tout à fait réglé, puisqu'il n'a pu signer la première victoire de sa carrière en haut du géant de Provence. Il n'en avait sans doute pas les moyens. Quatrième de l'étape, il a néanmoins sauvegardé sans trembler sa place sur le podium, répliquant sans mal l'unique offensive de Frank Schleck. "J'avais les jambes pour suivre Wiggins et Frank Schleck", a-t-il confié. Presque une victoire pour lui, surtout sur la montagne qu'il dit aimer le moins. " Le Ventoux n'aime pas Armstrong et Armstrong n'aime pas le Ventoux ", avait-il lâché voilà quelques années, dans une déclaration à la Pialat. Samedi, ils se sont séparé bons amis.

    Pour Armstrong, ce Tour 2009 restera décidément celui de toutes les réconciliations. Il avait quitté Paris en monarque absolu et en recordman des victoires il y a quatre ans. Mais dans un climat délétère et sur une gigantesque incompréhension mutuelle avec le public français. Malgré toutes ses victoires, à cause d'elles, d'ailleurs, certainement, le Texan n'avait jamais réussi à se faire aimer de ce pays qui l'avait pourtant fait roi. Jamais, dans l'histoire du Tour, un champion n'avait suscité autant de désamour. De haine, même, parfois. L'argument "La France n'aime pas les vainqueurs", brandi en image d'Epinal, ne suffisait à expliquer la défiance de l'opinion publique locale à l'encontre du septuple maillot jaune. A mesure qu'il garnissait son palmarès, Armstrong dilapidait son capital sympathie.

    La grimace aux enfants

    A ce titre, il vient peut-être de signer sa plus grande victoire. La dernière fois qu'il avait gravi le Ventoux sur le Tour, en 2002, Lance Armstrong avait dû supporter une bordée de sifflets et même quelques crachats. Rien de tel, cette fois. La foule, incroyablement dense, s'est montrée plutôt chaleureuse à son égard. "C'est vraiment différent d'il y a quatre ans, c'est plus positif que ce que j'imaginais", dit lui-même le Texan, agréablement surpris de l'accueil qui lui a été réservé. Il avait toutefois eu quelques indicateurs positifs cet hiver. Installé près de Nice au mois de février, L.A. avait eu l'occasion de prendre le pouls de sa nouvelle popularité lors de ses sorties à l'entraînement. "Les gens qui me reconnaissaient m'encourageaient, me disaient qu'ils étaient contents que je revienne", explique-t-il. Impossible de nier qu'il a été pendant trois semaines la véritable star du Tour, le sauvant souvent de l'ennui. Chaque matin, la foule s'est agglutinée devant le bus Astana pour voir la vedette américaine et espérer un autographe.


    Comment expliquer un tel revirement? Disons que chacun a mis de l'eau dans son vin. Le public a accepté d'envisager l'homme et le champion d'une manière un peu moins caricaturale. Mais Armstrong, lui-même, s'est montré beaucoup plus ouvert. Plus détendu qu'il y a quelques années, il paraissait simplement heureux d'être là, de retour dans ce peloton qui lui avait peut-être manqué plus qu'il ne voulait bien l'avouer. Souriant, affable, zen, il a pris le temps de se faire aimer. "Alors qu'il s'entraînait pour le contre-la-montre d'Annecy, il s'amusait devant des gamins, il leur faisait la grimace, il était disponible", raconte Christian Prudhomme, le patron du Tour, qui ne l'a pourtant pas toujours épargné. Les sceptiques jugent que ce changement n'est que de façade, parle d'opération de com'. Mais ceux qui l'ont connu avant et après témoignent du changement. "Il est beaucoup plus agréable qu'avant de prendre sa retraite, confiait la semaine passée Thomas Voeckler. On peut discuter avec lui sans problème, c'est même lui qui est demandeur ."

    A.Schleck: "Je lui tire mon chapeau"

    Reste que le meilleur argument de Lance Armstrong, c'est encore certainement de ne pas avoir gagné. Une huitième victoire aurait sans doute redonné vie au malaise. Là, l'ancien boss a livré une course à visage humain, avec ce qu'il faut de souffrance pour s'attirer la sympathie. Comme si, après avoir fait si longtemps office d'extra-terrestre, il était revenu parmi nous. En ce sens, sa troisième place constitue le résultat parfait: juste ce qu'il faut pour susciter de l'admiration. Celle du public, et de ses pairs. "Franchement, je lui tire mon chapeau", confie Andy Schleck, qui n'avait que huit ans quand Armstrong a remporté sa première étape sur le Tour. "Il y a deux jours, poursuit le Luxembourgeois, j'ai dit à Lance que si ce n'était pas une affaire de famille, c'est lui que je souhaiterais avoir sur le podium."

    On peut se tromper, mais il semble que cette troisième place rende Armstrong presque aussi heureux que ses victoires passées. Peut-être parce que son amour du Tour est devenu aussi fort que son amour de la compétition. "Pour un vieux comme moi, a-t-il lancé samedi, me retrouver parmi tous ces jeunes comme Alberto ou Andy dans le Ventoux, ce n'est pas si mal, non?" Difficile de le contredire sur ce point. Après avoir été celui qu'on adore détester, Lance Armstrong est en passe de devenir celui qu'on aime admirer. En août 2005, quelques semaines après l'annonce de sa retraite, il avait, déjà, envisagé de revenir, histoire "d'emmerder les Français" avait-il déclaré. Un slogan vachard qui en disait long sur ses rapports d'alors avec la France. Il est revenu. Il reviendra encore, l'année prochaine. Même s'il a encore ses contradicteurs, sa présence fascine désormais davantage qu'elle n'emmerde. Le meilleur ennemi est devenu ami.



    Eurosport
     

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