Tout ça pour quoi ? Par Ahmed R. Benchemsi

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par @@@, 8 Mars 2009.

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    Comme le serpent Kaa du Livre de la jungle, El Himma nous fixe dans les yeux en répétant “je n’existe pas, je n’existe pas…”.


    Ainsi donc, Mohamed Cheikh Biadillah a été désigné secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM). Il a même été reçu dans la foulée par Mohammed VI – “comme il est d'usage”, a précisé la MAP sur un ton trop détaché pour être honnête. Dans tout ça, pas trace de Fouad Ali El Himma. L’ami intime de Mohammed VI et ancien ministre de l’Intérieur, autour duquel s’est agrégé tout le PAM depuis le début,
    n’est, nous dit-on, que “membre du bureau politique” du nouveau parti. Et en 18ème position, s’il vous plaît ! Comme le serpent Kaa du Livre de la jungle, El Himma nous fixe dans les yeux en répétant “je n’existe pas, je n’existe pas, je n’existe pas…” A force, il espère que les médias finiront par y croire… Désolés, mais on n’y croit pas du tout. Pas plus que les milliers de congressistes, tous ou presque des notables locaux, “bourezza” vétérans du “circuit Basri”, venus se presser au premier congrès du nouveau parti. Pour eux, pas de doute : le PAM n’est que le dernier avatar d’une monarchie qui n’affiche son dédain de la politique que pour mieux la vampiriser. Ça tombe bien : eux aussi n’ont rien à faire de la politique. Ce qu’ils veulent, en émargeant au “parti de l’ami du roi” – autant dire au “parti du roi” – c’est des postes, des mandats et des honneurs. En échange, ils offrent des fiefs locaux. Un deal clair et net… et largement éprouvé avec l’UC, le RNI, le MP, etc.


    Il se trouve que le Makhzen a des coquetteries : pour des raisons qui échappent au commun des mortels, il tient à camoufler son champion. En plaçant son beau-frère à la tête du RNI, Hassan II ne faisait pas tant de manières ! Mais bon, “lui c’est lui, moi c’est moi”, comme dit Mohammed VI. Là où le père y allait cash, le fils préfère louvoyer, en cachant maladroitement son ami d’enfance derrière “un Sahraoui” (pauvre Biadillah, condamné à n’exister qu’à travers son origine ethnique). Qu’à cela ne tienne ! “Vive le Sahara marocain”, puisque c’est le message. “Non, ce n’est pas le message ? Alors dites-nous quoi acclamer, et nous l’acclamerons. Tout ce que voudra Sidna…”. Voilà comment raisonnent la plupart des “militants” du PAM.

    Quand on lui rapporte ce type d’attitude, El Himma semble très agacé. Mais au fond, ça arrange bien ses affaires. Si les notables locaux ne pensaient pas comme cela, ils ne viendraient pas à son parti, tout simplement. Or il a désespérément besoin d’eux. Fini le temps du “Mouvement pour tous les démocrates”, où l’ami du roi pensait changer la politique la fleur au fusil, la “société civile” en guise de guirlande hawaïenne autour du cou. Le désastre des législatives partielles est passé par là. Depuis, El Himma sait ce qu’il faut faire, s’il veut durer au Palais : du chiffre, et rien que du chiffre. Tant d’élus locaux, tant de sièges au parlement…

    L’objectif ultime : mettre le PAM en position de former un gouvernement en 2012. A ce moment-là, les ministres ne seront pas choisis parmi les “bourezza”. Un siège de député (et l’immunité qui va avec) suffira amplement au bonheur de ces derniers – le deal s’arrête là, et ils n’en demandent pas plus. Non, les ministres que Sa Majesté choisira seront des technocrates propres sur eux et formés dans les meilleures écoles qui, tout à coup, se découvriront une “fibre PAM”. Qui dirigera le gouvernement ? Si Fouad, enfin revenu à la lumière ? Peut-être pas, tout bien réfléchi. Le sérail ne tolère pas que les siens brillent trop… Peut-être que ce sera Biadillah, s’il n’a pas sauté de la direction du PAM d’ici là. De toute façon, après Abbas El Fassi, ça pourra être n’importe qui. Et El Himma ? Le plus logique, finalement, serait qu’il se retrouve… ministre de l’Intérieur. Retour à la case départ ? Pas du tout ! Pour la première fois depuis l’indépendance, le ministère des ministères sera confié à un homme “issu de la classe politique”. Grande victoire de la démocratie en perspective !

    On rigole, on rigole, mais si ça se trouve, ces gens ne se rendent pas compte de l’absurdité du meccano qu’ils sont en train de monter, dans la lumière tamisée de quelque salon royal. Quel est le but, finalement ? Installer un gouvernement de techniciens chargés d’appliquer la “vision M6”, avec à leur tête un fidèle du Palais, auréolé en prime de la légitimité populaire ? Mais c’est déjà le cas aujourd’hui ! Alors… tout ça pour quoi ?! Il n’est pas sûr que les initiateurs de ce jeu le sachent vraiment eux-mêmes. Plus qu’un jeu, c’est un happening. Et au final, les pions, ce ne sont pas les amis d’El Himma. C’est nous, c’est vous…

    http://www.telquel-online.com/363/edito_363.shtml
     

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