Vandales et Byzantins - La fin du monde romain

Discussion dans 'Bibliothèque Wladbladi' créé par titegazelle, 29 Octobre 2008.

  1. titegazelle

    titegazelle سُبحَانَ اللّهِ وَ بِحَمْدِهِ Membre du personnel

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    VANDALES ET BYZANTINS – LA FIN DU MONDE ROMAIN

    Les témoignages de la présence chrétienne sont en même temps le plus souvent des documents sur le Bas-Empire, ou empire chrétien. Mais on sait si peu de chose sur la Tingitane du IVe au VIIe siècle qu'on ne peut même pas répondre à des questions aussi simples que : jusqu'où s'étend l'autorité des derniers empereurs romains ? Ou quelles sont les conséquences de l'invasion des Vandales ?
    Ces derniers franchissent le Détroit en 429 et traversent le Nord de la Tingitane vers l'Est. Aucun témoignage archéologique de leur passage n'a été relevé. On ne peut dire si la ville de Tingis fut mise à mal, puisque la cité se trouve sous la ville moderne et ne peut être fouillée. Le site de Tamuda n'a rien livré sur eux. Il existe là à la fin du IVe et au début du Ve siècle une forte garnison : on a trouvé dans les sépultures de nombreuses pièces d'équipement militaire qui laissent penser que ces soldats peuvent être des Germains, ou avoir séjourné sur la frontière de Germanie. On y a trouvé aussi deux monnaies d'or de l'empereur Honorius, mort en 423.

    D'après une liste officielle des "dignités" on peut avoir des lueurs sur l'organisation de la défense vers le moment où arrivent les Vandales. Les effectifs sont encore importants : les soldats sont des Limitanei, des soldats laboureurs, comme tous ceux qui assurent les défenses des frontières de l'Empire à cette époque ; beaucoup sont d'origine barbare. Mais à côté de ces auxiliaires voués à la défense statique, il y a des troupes mobiles dites du comitatus : deux légions, deux corps d'auxiliaires maures et trois détachements de cavalerie. On voit que les effectifs totaux sont cimportants. On ne saurait parler d'abandon.


    Ce document ne dit pas où sont stationnées ces troupes d’intervention. Les villes de l’intérieur ont-elles été réoccupées ? On ne peut se prononcer. On y a trouvé des monnaies, mais ce n’est pas probant. Volubilis en tous les cas vit encore au VIIe siècle d’une vie médiocre par rapport à sa splendeur du IIIe siècle, mais dans laquelle bien des habitudes romaines se conservent. Une organisation municipale subsiste. On trouve, parmi les constructions antérieures, des maisons réaménagées dans les ruines, faites de pierres et de terre. Certaines sont de véritables « gourbis », datés par des monnaies arabes des VIIe – VIIIe siècles. Partout le réemploi des matériaux antiques est la règle, dans les demeures privées, ou dans un édifice public, comme ces thermes de très basse époque qu’on trouve au bas de la ville près de l’oued Khoumane, en dehors de l’ancien rempart ? Il est devenu nécessaire de se rapprocher de l’eau car l’aqueduc ne fonctionne plus. Les prescriptions anciennes d’édilité ne sont plus appliquées, puisqu’on enterre les msorts un peu partout, dans les ruines et entre les habitations. Ces tombes en forme de caisson, faites de dalles sont orientées. On peut donc se demander si, après un abandon plus ou moins long (et qui n’est même pas certain) une population attachée encore à des habitudes de vie comme le bain de vapeur, en grande partie devenue chrétienne, ne réoccupe pas le site au Vie siècle pour y mener une vie rurale comme dans toutes les cités d’Occident qui déclinent de plus en plus à cette époque.

    On ne peut dire si Volubilis vit d’une vie autonome ou dépend encore au VIIe siècle de Byzance. Pour Sala cela semble moins douteux, sa situation côtière, et des trouvailles archéologiques font penser qu’elle est restée très longtemps au sein de l’empire romain, puis byzantin. On y a trouvé en effet un exagium byzantin, c’est-à-dire un étalon pour les pesées ; il est décoré de figures de saints. C’est la preuve que le système des mesures et des monnaies est aligné sur celui de Byzance. Un accessoire d’équipement militaire est l’indice d’une occupation par une garnison. Nos textes ne mentionnent au moment de l’arrivée des Arabes que Ceuta (Septem) et Tanger entre les mains des Byzantins, ou du moins du compte Julien.
    Certains ont prétendu que ce personnage est en réalité wisigoth. Ce ne peut être prouvé par rien. Les rois d’Espagne ont bien fait des tentatives pour s’emparer des positions byzantines sur la riche africaine du Détroit, mais ont échoué. Le progrès des fouilles peut nous apporter des lumières sur cette période si obscure pour le moment.

    Peu de choses ont été conservées par le Maroc après quatre, cinq siècles de domination romaine : quelques mots du vocabulaire agricole par exemple. Rome n’ pas poussé de profondes racines en Tingitane, et n’a pas changé ce qui préexistait, elle s’est coulée dans le moule des cités maurétaniennes, qui constituaient des unités en rapport avec les moyens du temps et les conditions naturelles. On a souvent surestimé, et pas seulement en Afrique du Nord, l’activité créatrice de Rome. Le plus souvent elle s’est appuyée sur ce qui existait. Mais la Tingitane est un cas particulier. Son effort y a été très limité. L’occupation restreinte, un système peu coûteux, convenait du fait que la Tingitane n’était qu’une pièce secondaire du jeu romain. Sa valeur ne résidait pas tant en elle-même que dans sa position entre les plus riches provinces du domaine, sur lesquelles Rome concentra son effort créateur, ses investissements, dirions-nous.
    La crise du IIIe siècle l’obligea à faire des économies, à resserrer son dispositif. L’essentiel était de maintenir la sécurité du Détroit et de protéger à distance le Sud de l’Espagne. Les paysans du voisinage des villes désertées par l’oligarchie, qui vivaient de la terre et de la même vie que leurs ancêtres, ne parlant pas latin, ne prenant aucune part à la civilisation romaine, restèrent sur place. Une vie urbaine en rapport avec les besoins réduits de cette société se maintint. On revint à un équilibre que l’intervention de Rome avait faussé en provoquant le développement d’une économie et d’une société de types coloniaux caractérisés par des villes opulentes, peuplées par des privilégiés et des parasites.

    Devant cet abandon, le mot de « décolonisation » vient à l’esprit. Il ne peut s’appliquer exactement bien entendu, mais nous pouvons aujourd’hui mieux comprendre cette « fin du Maroc romain » qu’il y a vingt ans. Il ne faudrait pas croire cependant qu’il ne restait de la période antique, au moment de l’arrivée des Arabes, que des ruines et des souvenirs. Certaines des citées antiques ont survécu jusqu’à nos jours. Et en tous cas, jusqu’à ce que la première génération de villes fondées par les princes musulmans arrive à l’âge adulte, les cités, maurétaniennes et romaines, ont continué leur fonction ; Tanger a été le siège des gouvernements omeyyades et Volubilis la capitale d’Idriss.




    SUITE : Description du Maroc selon Pline l'Ancien (23-79 après J.C.)
     

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