Wa mama baraka, j’ai 30 ans !

Discussion dans 'Nouvelles (9issass 9assira) & Chroniques' créé par FoX, 30 Janvier 2007.

  1. FoX

    FoX حديدان آل نهيان Membre du personnel

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    Comment couper le cordon ombilical avec celle qui nous a donné la vie. Comment s’affirmer devant le premier amour de notre vie ? Comment traiter sa mère d’adulte à adulte ? Il n’existe pas de recette. Mais des pistes de réflexion…

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    Latifa Abousaid​

    Il est révolu le temps où la mère était fatalement admirable, aimable, seule pourvoyeuse de “Sakht et de R’dah” auprès de l’éternel. Aujourd’hui, avec les copines, l’époux, on ose critiquer celle qui nous a donné la vie et qui nous l’empoisonne à l’âge respectable de 40 ans. “J’ai été célibattante endurcie jusqu’à 33 ans, raconte Fatiha. Ma mère ne manquait pas une journée pour me relancer par téléphone ou lors de face à face conflictuels, avec toujours le même leitmotiv : je n’aurais sa bénédiction que lorsque je mettrai sous veilleuse un peu de mon ambition maladive pour trouver le temps de dénicher un homme afin de lui donner des petits-enfants avant que Dieu ne la rappelle auprès de lui. Dire que c’est elle-même, sans jamais avoir potassé le deuxième sexe, qui m’a toujours affirmé que la liberté d’une femme commence par un portefeuille garni, le sien propre, pas celui du mari !! J’ai fini par convoler en justes noces et à 35 ans, et elle a eu son petit-fils. Mission accomplie !? Que nenni. Maintenant, à 42 ans, je l’ai toujours au bout de fil pour me rappeler à l’ordre car, d’après elle si je suis douée pour commander au boulot, je suis nulle quand il s’agit de commander mon mari ou mon fils !” Qu’est-ce qui donc pousserait la mère de Fatiha à tenir sa fille par la laisse du portable à 42 ans passés ? Fadilah Benmalek, psychosociologue explique : “Plusieurs pistes sont possibles. On ne connaît pas le cas particulier de ce couple mère/fille mais beaucoup de femmes n’ont pas d’autres raisons de vivre, que leur progéniture. Or, on ne lâche pas sa raison de vivre sinon on meurt ! Les mères sont humaines. Elles ne sont pas infaillibles. La vie pleine (un boulot, un mari, un enfant) de Fatiha renvoie probablement sa mère à sa propre frustration. Les coups de fils répétitifs sont là, probablement, pour que la fille paie les rendez-vous manqués de la mère avec elle-même !?”

    Pas évident de laisser la place à la fille…

    Petite fille ou adolescente, il est normal d’accepter l’omniprésence de la mère. Passé 30 ans, il est dur de supporter l’ingérence maternelle. Certaines mamans ne lâchent jamais leurs filles : il faut qu’elles proposent, suggèrent, conseillent, remettent sur le droit chemin, mettent en valeur : “Toute petite, ma mère ne manquait pas une occasion pour m’exhiber devant les autres : mes bonnes notes, mes exploits dans l’équipe du volley du collège tout était prétexte pour dire qu’elle a mis au monde la 8ème merveille, raconte Najat. Aujourd’hui, à 30 ans, elle suit de très près ma carrière. J’ai monté une entreprise qui commence à marcher. Elle quémande au personnel le moindre détail à se mettre sous la dent pour les repas de famille. Je ne sais plus comment la fuir, c’est ma mère !!”

    Il y a les mères qui exhibent, celles qui appellent à tout bout de champ pour savoir comment se portent nos bouts de chou, celles qui choisissent le mari, celles qui poussent au déménagement pour profiter des petits-enfants, celles qui empêchent de partir en vacances car c’est trop dur l’éloignement, malgré le portable !! Bref, agir et réfléchir en toute indépendance est une lutte acharnée car l’ombre de la mère est trop déployée. Elle ne facilite pas la tâche ! Pour certaines mères, aider sa fille à s’émanciper, c’est mission impossible. Il faut se mettre à la place de la mère : elle a tout donné, trop longtemps. Accepter l’éloignement de sa fille, de son double, c’est douloureux, c’est l’acculer à accepter d’être abandonnée…

    Comment couper un cordon vieux de 30 ans ?

    En étant d’abord au clair avec soi et avec ses choix. Notre mère a été notre premier objet d’amour et elle le reste. Si on passe le plus clair de notre temps à pester contre son omniprésence auprès des copines, et que dans le même temps, on fait tout pour qu’elle ne cesse de nous aimer et nous prodiguer sa bénédiction, bonjour l’ambiguïté ! Qui des deux, la mère ou la fille ne lâche point les baskets à l’autre ? Si la mère maintient la fille sous son emprise et que l’autre accepte en rechignant, c’est qu’elle y trouve quand même un certain réconfort : celui d’éviter l’effort colossal de se définir et de se déterminer seule, comme une grande de 30 ans !!

    Pour couper le cordon, il faut arrêter de critiquer sa mère et lui accorder le droit d’être ce qu’elle est. De toutes les manières, on ne la changera pas. “Souwel wach moul harfa baqi, el harfa hia, hia”. On peut par contre s’employer à changer la relation qui nous lie au maternel. D’adulte à adulte, on peut essayer de changer de regard sur notre propre mère. Avant d’être notre mère, elle a été fillette, jeune fille, ado et femme. Qui est cette femme ? Quelles ont été ses difficultés, ses orientations ? Au lieu de tout ramener à nous, on peut essayer de l’inviter à nous parler d’elle. Bénéfique pour toutes les deux. Au lieu de lui raconter par le menu notre quotidien au bureau, avec notre homme et nos chérubins, on peut mettre un peu de distance psychologique dans nos échanges. Il n’est jamais trop tard pour cultiver un petit jardin secret, loin du regard et de l’ouïe maternels. Ça paie, la distance psychologique. La distance géographique aussi. Habiter le même quartier, voire le même immeuble, c’est sûr, ça aide. La mère est à portée de main pour nous dépanner et alléger notre quotidien lourd de mille et une contraintes domestiques. Mais ça renforce la dépendance et exacerbe l’ingérence. Dans la vie, il faut savoir choisir. Il faut agir en adulte et grandir, enfin.

    Une relation mère/fille exempte de conflits, sans aspérités, harmonieuse à souhait n’existe que dans les fantasmes des filles et mères immatures.
    Les autres savent que l’on est condamnée à s’opposer à sa mère, à s’en détacher, à lui en vouloir des fois, à la détester parfois. C’est le prix à payer pour que l’une et l’autre finissent par trouver leur juste place. C’est tellement dur pour une mère de batailler encore et toujours pour trouver la juste place : ni trop présente, ni trop absente, ni collante, ni distante, ni copine, ni dragon. Tout cela en acceptant bouderies, réprimandes, révoltes, aveux et désaveux.

    Enfin, dans de rares cas si l’on en croit les psy, il est nécessaire, parfois, même vital pour les filles de mettre une grande distance géographique, physique et psychologique avec une mère pathologique, totalement toxique qui ne respire que lorsqu’elle étouffe sa fille. Amorcer une réflexion à distance, déculpabiliser : on ne choisit pas sa mère. Mais on peut définir, construire et déconstruire le genre de relations qui nous lie à notre mère.


    Femmes Du Maroc
     
  2. meskhout-el-walidine

    meskhout-el-walidine Visiteur

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     : Wa mama baraka, j’ai 30 ans !

    interessant.
     
  3. ziko30

    ziko30 Citoyen

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     : Wa mama baraka, j’ai 30 ans !

    merci jai lu larticle rien a dire ;-)
     
  4. sofayto

    sofayto Visiteur

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     : Wa mama baraka, j’ai 30 ans !

    merci a fox  c'est tres intressant cet article  :D
     
  5. FoX

    FoX حديدان آل نهيان Membre du personnel

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    : Wa mama baraka, j’ai 30 ans !

    mais de rien, je sais que nombreuses sont les marocaines à chercher cette dépendance vis à vis de leur mères, et l'article contient quelques éléments de réponse ...
    toujours gamines dans les yeux de leurs mères, gha lm3ezza 8adik [17h]
     

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